L’impact direct de la voiture sur la santé : des dizaines de milliers de décès chaque année en France

L’automobile, et plus largement les véhicules terrestres motorisés, comptent parmi leurs multiples nuisances un impact délétère sur la santé et la longévité humaine. Cette synthèse a pour objectif de pointer les effets directs de l’usage massif de l’automobile : les conséquences indirectes (via le changement climatique, l’accaparement des investissements économiques, l’emprise sur les espaces de vie) seront traitées par ailleurs.

 

Les accidents de la circulation, principale cause de mortalité chez les jeunes adultes

A l’échelle de la France, on déplore encore 3500 décès en 2018 causés par les accidents de circulation, et plusieurs dizaines de milliers de blessés graves, dont une part importante garderont de lourds handicaps à vie d’après l’ONISR (1). Même si la tendance de cette série meurtrière est indéniablement orientée à la baisse depuis de longues années, les accidents de la route restent encore une cause de mortalité extrêmement importante, la première chez les jeunes de 18 à 25 ans.

Au niveau mondial, le bilan semble plus complexe à établir, certains pays ne fournissant que des estimations. Cependant, l’Organisation Mondiale de la Santé fait état de plus d’1,3 million de décès sur les routes de notre planète (2) en 2017, et de 20 à 50 millions de traumatismes sévères. Les pays à faible revenu par habitant sont les plus touchés par ce fléau, bien que le nombre de voiture par habitant y soit aussi plus limité. En France, à l’instar de la plupart du reste du monde, les usagers de deux roues et les piétons paient un lourd tribut dans ce décompte macabre. La FUB (Fédération des Usagers de Bicyclettes) rapporte les propos de l’IFSTTAR, qui met en évidence le fait qu’un cycliste à 1,5 fois plus d’accidents mortels qu’un automobiliste par kilomètre parcouru (3).

Si dans les pays développés le bilan s’améliore bien souvent d’année en année, c’est le contraire qui est observé en ce qui concerne les pays en cours de développement : l’OMS prévoit ainsi que la mortalité routière bondisse ainsi à 2 millions d’ici 2030, si les flux de circulation s’accroissent tels que prévus. Par ailleurs, même si ce constat est intuitif, il est bon de rappeler que les accidents mortels de cyclistes n’impliquant pas d’autres véhicules représentent moins de 10% des cas selon l’ONISR (4).

La pollution atmosphérique, une nuisance souvent invisible mais meurtrière

Plus insidieuse que les accidents de la route, la pollution atmosphérique résultante de l’usage des automobiles aussi bien thermiques qu’électriques n’en est pourtant que plus mortelle. Souvent invisibles dans les métropoles françaises et européennes hors des pics de pollution, ces déchets aériens mortels semblent moins choquer le citoyen modèle, qui ne manquera par contre pas de reprendre le malotru qui jette négligemment un déchet sur le trottoir. Bien que hautement indésirable lui-aussi, ce dernier n’est toutefois pas le plus dangereux.

En effet, selon deux études récentes, la pollution de l’air tue entre 48 000 d’après Santé Public France (5) et 67 000 personnes chaque année en France d’après une étude plus récente publiée dans l’ European Heart Journal (6), environ 800 000 en Europe et près de 9 millions dans le monde (6). Cela en fait, à l’échelle du globe, la première cause de décès non naturels (devant le tabac), dont la plupart sous forme d’accidents cardiovasculaires. Mais ce n’est pas tout : certains polluants atmosphériques sont responsables d’une part importante des nouveaux cas d’asthme (7) chez les enfants. C’est en particulier le cas du dioxyde d’azote (NO2) qui provient directement du trafic routier, qui est ainsi à l’origine de 4 millions de nouveaux cas d’asthme infantile tous les ans. Même lorsqu’il n’est pas le facteur déclenchant, le NO2 sera systématiquement est facteur aggravant lorsque sa concentration est trop élevée dans l’environnement de vie.

De manière générale, ce sont les particules fines, notamment carbonées, qui sont à l’origine des maladies dues à la pollution atmosphérique. Si les sources sont multiples, c’est bien le trafic routier qui est le premier contributeur dans les agglomérations (8) (lire ici le rapport complet d’AirParif), notamment en ce qui concerne les particules les plus petites, qui sont aussi les plus dangereuses, dont le diamètre est en dessous de 2.5 micromètres. Les particules ultrafines, d’une taille encore bien inférieure (en dessous d’un micromètre), ne sont toujours pas suivies bien qu’elles mettent en danger le développement cognitif de l’enfant selon l’ANSES (9),  dont les effets doivent être évalués par de nouvelles études.

Il serait tentant de croire que l’avènement annoncé de la voiture électrique mette fin à ce carnage inhumain, mais il n’en est rien puisque la moitié des particules fines liées au trafic routier serait issue du revêtement de la chaussée et des pneus de nos véhicules.

La pollution sonore, un ennemi qui use silencieusement

Encore moins facilement appréhendé que la pollution atmosphérique, le parasitage sonore de la voiture est pourtant omniprésent dans notre vie quotidienne. Les nuisances sonores trop intenses peuvent être sources de nombreuses dégradations sanitaires. Les plus répandues sont la dégradation de la qualité du sommeil et l’augmentation du stress, mais elles peuvent aussi provoquer des troubles comportementaux chez l’enfant, et augmentent significativement le risque d’hypertension et de maladies cardiovasculaires. Au total, la surexposition au bruit peut retrancher de 10 mois à 3 ans d’espérance de vie en bonne santé.

Le rapport de l’organisme BruitParif (10) nous apprend que le trafic routier se place très loin devant les autres sources de nuisances sonores en Ile de France, représentant les deux tiers de la population impactée, devant le transport aérien et le transport ferré. C’est ainsi 90% de la population de cette région qui se retrouvent au dessus des recommandations de l’OMS, et près de 15% dépassent même les seuils réglementaires français. Si la région parisienne est la plus atteinte par le bruit dans l’hexagone, toutes les métropoles et les grands axes de circulations sont aussi concernés par ce fléau.

Une machine à fabriquer des AVC

Autre conséquence directe de l’usage massif de la voiture, l’explosion de la sédentarité chez les populations concernées provoque une augmentation de multiples affections fréquemment mortelles. Si l’utilisation d’une voiture n’implique pas systématiquement de baisse de l’activité physique, la corrélation générale existe bien, comme le démontre cette étude réalisée sur plusieurs centaines de milliers de personnes [article en français ici] (11). Les chercheurs à l’origine de cet article concluent que la mortalité induite par des accidents cardiovasculaires chute de 43% chez les personnes qui privilégient la mobilité active (vélo, marche, transports en commun) toute la semaine, en comparaison du groupe qui se cantonne à la voiture. La tendance est aussi à une baisse marquée du nombre de cancers pour les adeptes de la mobilité « douce ». Par extension, un raisonnement identique s’applique à tous les bénéfices de l’activité physique, qui sont perdus lorsque l’usage de la voiture n’est pas entièrement compensé.

Prendre sa voiture est donc un geste anodin qui blesse et qui tue. Mettons fin au massacre, vivons sans voiture !


(1) Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière : Évolution comparée de la mortalité et de la circulation routière en métropole de 1952 à 2018

(2) Organisation Mondiale de la Santé : 10 faits sur la sécurité routière dans le monde

(3) Fédération des usagers de bicyclette : Les accidents de vélo

(4) Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière : Analyse de l’accidentalité des cyclistes

(5) Santé Publique France : Impacts sanitaires de la pollution de l’air en France : nouvelles données et perspectives, 2016

(6) European Heart Journal : Cardiovascular disease burden from ambient air pollution in Europe reassessed using novel hazard ratio functions, 2019

(7) Sciences et Avenir : Asthme de l’enfant : à Paris, 1/3 des nouveaux cas sont dus à la pollution routière, 2019

(8)  AirParif : Les émissions en quelques chiffres

(9) Anses : Nouvelles connaissances sur les particules de l’air ambiant et l’impact du trafic routier, 2019

(10) BruitParif : Les impacts sanitaires du bruit des transports dans la zone dense de la région Ile de France, 2019

(11) Europen Heart Journal : Using alternatives to the car and risk of all-cause, cardiovascular and cancer mortality, 2018

Ressources supplémentaires :

Etude complète de l’ADEME sur le coût social et sanitaire du bruit
Documentaire « Grand Paris sous silence » consacré à la pollution sonore dans le Grand Paris