120 milliards d’euros par an : le coût exorbitant de la voiture pour la société en France

Si l’importance la dette de la SNCF et des réseaux ferrés et son coût pour le contribuable français sont souvent rappelés par les défenseurs de la voiture, le coût de la route est en revanche souvent passé sous silence. Le collectif « Vivons sans Voiture » s’est inspiré d’une idée originale de Carfree pour estimer l’impact économique néfaste de l’automobile sur la société française, en actualisant et complétant le tableau alors dressé par cette association qui milite pour libérer la société de la voiture.

Coût d’entretien et de construction des infrastructures routières : 14,6 milliards d’euros

Sans doute le plus direct, le coût lié aux infrastructures comprend aussi bien l’entretien des routes que les investissement de construction ou de modification du réseau routier. L’Union Routière, une structure qui regroupe des professionnels et des associations du domaine de l’automobile, rapporte dans son bilan annuel « Faits et chiffres 2019 » une dépense des administrations publiques qui s’élève à 14,6 milliards d’euros en 2019.

Coût sanitaire du bruit généré par le trafic routier : 15 milliards d’euros

Le bruit, au-delà de son impact délétère sur la santé des français et particulièrement des citadins, est un vrai danger pour les finances publiques. Commandée par l’ADEME et le Conseil National du Bruit, une étude scientifique poussée de l’état de l’art de la recherche sur le sujet a montré que la surexposition au bruit impact notre société à hauteur de près de 60 milliards d’euros chaque année.

Sur le total lié à la santé (troubles du sommeil, stress, maladies cardio-vasculaires), les transports contribuent à cette perte à la hauteur de 11,5 milliards d’euros, eux-mêmes liés à 89% à la voiture. D’après la même source, plusieurs milliards d’euros supplémentaires seraient également perdus en raison de la baisse de productivité induite par le manque de sommeil, la perte de concentration ou encore une moins-value de l’immobilier à proximité de zones trop sonores.

Coût sanitaire de la pollution de l’air engendrée par le trafic automobile : 40.5 milliards d’euros

En 2015, une commission d’enquête mise sur pied par le Sénat conclut à un coût de la pollution de l’air qui s’élève à 101.5 milliards d’euros annuels, notamment en raison de ses conséquences sanitaires dramatiques. Naturellement, la voiture n’est pas la seule responsable de ces émissions toxiques, puisque l’industrie, les pratiques agricoles chimiques et les chauffages aux bois anciens y contribuent de manière non négligeable, reléguant même le trafic automobile à un rang de contributeur mineur à l’échelle de la France. Mais dans les grandes agglomérations, où les seuils nocifs pour la santé sont régulièrement dépassés, le trafic automobile représente la part la plus importante des émissions de particules les plus fines, qui sont aussi les plus dévastatrices. A l’échelle de la région Île de France, le trafic routier contribue à hauteur de 35% aux particules PM2.5, mais jusqu’à 54% dans les zones les plus densément peuplées, et donc qui exposent la majorité de la population urbaine. Nous retenons une estimation basse de 40% pour le calcul de l’impact financier de la voiture lié à la pollution de l’air. Il s’agit d’un chiffre largement sous évalué, notamment par rapport au nombre de victimes de la pollution de l’air, revu depuis à la hausse à 67000 décès par an dans une étude scientifique récente (en langue anglaise).

Coût sanitaire provoqué par la baisse de l’activité physique liée à l’utilisation de la voiture : 6 milliards d’euros

Nous rapportions dans notre synthèse de l’impact de l’automobile sur la santé la baisse de 43% du nombre d’accidents cardiovasculaires fatals constatée sur la population privilégiant des moyens de mobilités actifs. Or, ces maladies cardiovasculaires représentent une facture de 15 milliards d’euros chaque année pour l’état français. Il est donc possible d’estimer que, en ce qui concerne les maladies cardiovasculaires, l’économie potentiellement générée par le non-usage de la voiture se monterait à 6 milliards d’euros annuels. De manière générale, le manque d’activité physique, induit en partie non négligeable par l’usage de l’automobile, amoindrit l’état de santé général de la population et provoque, comme le montre ce rapport, des dépenses de santé importantes qui doivent être assurées par notre protection sociale.

Coût sanitaire lié aux accidents de la route : 44 milliards d’euros

D’après l’ONISR (Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière), en 2018, le coût total de l’insécurité routière s’élevait à 44,1 milliards d’euros en France. « Le coût accidents corporels s’établirait à 33,4 milliards d’euros (Md€) dont 10,9 Md€ au titre de la mortalité, 17,6 Md€ au titre des hospitalisations, 4 Md€ pour les victimes légères, 0,9 Md€ pour les dégâts matériels de ces accidents corporels ». Au coût des accidents corporels s’ajoute celui des accidents uniquement matériels est estimé à 10,7 Md€.

De nombreux autres effets délétères

La liste des impacts financiers est longue, et viendrait alourdir nettement la facture si ces derniers pouvaient être quantifiés précisément. On peut citer notamment le stress lié à l’usage de la voiture, qui détériore la santé et diminue la productivité, la contribution au réchauffement climatique qui augmente la fréquence de cataclysmes environnementaux (sécheresses, inondations, tempêtes) au bilan économique élevé, l’effet néfaste de l’occupation du foncier (amoindrissant les espaces agricoles, les espaces de rencontres…), la déstabilisation géopolitique induite par la prédation des ressources naturelles nécessaires à la fabrication et à l’utilisation des voitures, ou encore le temps perdu par les automobilistes en raison de la congestion routière…
Nul doute qu’il faille ajouter encore plusieurs dizaines de milliards d’euros à ce bilan dramatique.

 

Ressources supplémentaires :
Etude complète de l’ADEME sur le coût social et sanitaire du bruit
Documentaire « Grand Paris sous silence » consacré à la pollution sonore dans le Grand Paris